Publications

Interview Dr Randolph Willis

Burn out ou le syndrome de l’épuisement L’individu est-il victime ou responsable? Le Docteur Willis Randolph, médecin FMH, spécialisé en psychiatrie et psychothérapie, nous aide à définir et expliquer les mécanismes et les facteurs qui génèrent le burn-out, et à proposer d’éventuelles démarches de traitement et de prévention. Elements: quelle est pour vous, Dr Willis, la définition du burn-out? Le burn-out...
En savoir plus…

Dr.-Randolph-K.-Willis-NEWBurn out ou le syndrome de l’épuisement

L’individu est-il victime ou responsable?

Le Docteur Willis Randolph, médecin FMH, spécialisé en psychiatrie et psychothérapie, nous aide à définir et expliquer les mécanismes et les facteurs qui génèrent le burn-out, et à proposer d’éventuelles démarches de traitement et de prévention.

Elements: quelle est pour vous, Dr Willis, la définition du burn-out?

Le burn-out est un diagnostic psychiatrique qui vient de l’anglais par analogie avec une machine électrique qui grille ses circuits. Le burn-out est une décompensation – une réaction à une situation émotionnelle extrême – suite à une surcharge de travail, d’émotions ou sociale. Les capacités de la personne baissent, un peu comme une bougie qui s’éteint car elle n’a plus de cire à consumer, la personne n’a plus d’énergie pour continuer.

En fait le terme de burn-out est une vulgarisation et/ou un euphémisme car en psychiatrie il s’agit la plupart des fois d’un trouble dépressif (moyen à sévère), voire autre chose plus ou moins grave (un simple épuisement) nécessitant un moment de repos, ou au contraire des troubles psychiques plus sérieux comme les troubles bipolaires, les différentes formes de schizophrénie ou d’autres troubles psychiques encore plus graves. En fin de compte le terme de burn-out, plus acceptable pour le grand public, englobe de nombreux troubles psychiques variés. Dans les années 90 on parlait de « dépression » mais ce terme prend actuellement une connotation négative qui fait peur et l’on utilise donc burn-out.

Elements: quels en sont les symptômes?

Dans un contexte de surmenage sur le plan professionnel, social ou familial, le médecin généraliste peut constater chez son patient une tristesse sévère, une rumination d’idées noires, voire suicidaires, une baisse de l’énergie, une perte de l’élan vital, une perte du sens de la vie, des troubles du sommeil (endormissement, réveil nocturne ou réveil matinal précoce), baisse de l’appétit avec perte de poids ou au contraire augmentation de l’appétit avec prise de poids. On peut voir aussi l’apparition de douleurs physiques qui peuvent être migratoires et évoluer vers une fibromyalgie. On peut constater aussi de l’anhédonisme dans lequel la personne ne prend plus plaisir à rien. Egalement des troubles de la concentration et de la mémoire, des tremblements, de l’anxiété, des sueurs froides. Jusqu’aux pensées délirantes ou hallucinations auditives ou olfactives, ou encore le développement d’un sentiment de culpabilité et de honte, dans un cas de dépression sévère. . .

Elements: y a-t-il d’après vous un contexte familial ou privé, plus favorable au burn-out?

Oui dans les familles conflictuelles où il y a des comportements addictifs (drogue, alcool), des problèmes de maltraitance intrafamiliale et des communications interpersonnelles pathologiques (messages paradoxaux ou comportements pervers).

Elements: certains secteurs d’activité tels que les milieux hospitaliers et l’enseignement sont plus touchés par le burn-out, pour quelles raisons?

A cause de la pression pour obtenir plus de rendement dans un travail intellectuel qui peut être trop sollicitant tout en étant frustrant car répétitif et disqualifiant. Mais également pour les ouvriers en usine ou sur les chantiers, ou les cadres moyens, le burn-out intervient souvent lorsqu’il n’y a pas de reconnaissance du travail effectué, lorsque le travail n’est pas gratifiant ou qu’il n’est pas valorisant.

Elements: quelle serait la part de responsabilité de l’employeur, par rapport au burn-out ou à l’épuisement?

L’employeur peut être un facteur déclenchant du burn-out, si l’employé a une prédisposition ou une fragilité mentale, mais le travail ne rend pas malade. Cependant, afin d’essayer de prévenir les risques de burn-out, il faut privilégier les contacts personnels et la chaleur humaine. De même, un travail valorisant et un salaire adapté sont requis. Le supérieur hiérarchique doit entendre le malaise de son employé ; il devrait même considérer une éventuelle prédisposition de son employé à la dépression et prendre des mesures simples mais essentielles pour éviter une spirale fâcheuse dans ce sens. Cf. la courbe plus bas, « Evolution du burn-out ». Il doit être avant tout humain, ferme mais à l’écoute. Le patron doit aussi mettre à disposition une bonne situation ergonomique pour ses employés. Et il devrait savoir que tous les hommes ne sont pas égaux face à la dépression qui peut trouver ses origines dans des facteurs biologiques, psychologiques ou sociaux.

Elements: un burn-out traité uniquement par médication comporte 20 à 50% de risque de rechute ; que suggérez-vous à un patient s’il souhaite s’en sortir?

L’étude STAR*-D[1] aux USA a montré que pour les troubles dépressifs légers à moyens, prescrire une médication antidépressive ou pas ne fait aucune différence. Par contre pour les dépressions sévères, la médication est efficace comme traitement adjuvant à une psychothérapie.

Dans les cas de troubles légers, voire moyens, on devrait préconiser plutôt une médecine complémentaire : médecine traditionnelle chinoise, médecine ayurvédique, homéopathie, sophrologie, ainsi qu’une psychothérapie.

Elements: peut-on prévenir le burn-out et quels moyens avons-nous ?

La meilleure prévention est d’avoir une vie saine sur le plan de l’hygiène mental et physique. La personne doit être active dans le domaine familial et social et être ouverte à une dimension spirituelle ou de développement personnel.

[1] Sequenced Treatment Alternatives to Relieve Depression (STAR*D), National Institute of Mental Health. University of Pittsburgh, 2008.